Installé seul dans la pénombre d'une cellule glaciale, l'homme attendait son heure car il savait la fin proche, il savait qu'il ne verrait probablement plus jamais la lumière du jour, la partie était terminée pour lui, et ce, depuis son arrestation la veille. Ils étaient entrés dans son appartement après avoir tambouriné la lourde porte de bois et, sans plus de douceur, ils l'avaient empoigné pour lui lire ses droits. Il n'avait pas bronché, en réalité, il les avait même attendus. Mais à présent, le temps commençait à se faire long, il voulait en finir au plus vite. Du fond de la pièce, il observait les policiers qui passaient devant la cellule, qui travaillaient ou encore qui l'observaient. Il appréciait peu ce regard sur lui, c'en était pesant. Mais fidèle à lui même, il resta de marbre.
Un homme s'approcha alors de la cellule d'un pas assuré, il ne portait pas le même uniforme que les policiers, il devait probablement être un inspecteur , ou du moins, d'un grade supérieur. Celui-ci l'observait d'un regard fermé et sans le moindre sourire, il sortit alors de sa poche des clés qu'il introduisit dans la fente avant d'ouvrir la porte. Le jeune captif se leva alors mais resta cependant à sa place, attendant les instructions de celui-qui venait le libérer de cette attente interminable. L'inspecteur l'observait, d'un coup d'½il circulaire, ne réagissant point à la vue du nez ensanglanté du suspect. Cela arrivait souvent, ce n'était que simple formalité. Il s'approcha alors, d'un air confiant. Il sourit légèrement et se présenta rapidement, d'un ton doux, en opposition à son apparence sévère.
- Niels Flamming, je suis chargé de cette enquête. Veuillez me suivre.
Le jeune homme, soulagé, s'approcha alors de Flamming, un léger sourire aux lèvres. L'inspecteur ne semblait pas mauvais, au contraire ! Il le suivit donc avec la plus grande docilité, n'ayant aucunement l'intention de créer des litiges, il se savait prit au piège, il l'avait tant attendu, il avait attendu qu'on vienne à lui, pour lui dire « C'est fini ». Et c'était le cas. Flamming l'amena dans une petite pièce modestement meublée, une table, deux chaises, une plante verte et sur la table, une pile de feuilles, ainsi qu'un magnétophone. Flamming indiqua alors au jeune homme ou s'asseoir. Il empoigna alors le magnétophone et le régla afin d'enregistrer l'entretien qui allait se dérouler. Il leva alors ses yeux noirs sur le jeune accusé, l'observant à la dérobée pendant que celui-ci patientait, perdu dans ses pensées. Le jeune homme ne ressemblait pas aux délinquants habituels auxquels il avait affaire, au contraire, celui-ci avait un visage doux, enfantin et pourtant si sérieux, marqué par les aléas de la vie. Vie qui ne semblait pas avoir été tendre avec lui d'ailleurs. Flamming, malgré ses airs durs, ne pouvait s'empêcher de ressentir de la sympathie pour le jeune homme qui ressemblait à un faon, un animal sans défenses...Et pourtant, il avait provoqué la mort de plusieurs personnes, un accident ? Niels en doutait, si le jeune homme aux yeux bleus étaient présent, si calme, c'est car ils savaient tout deux qu'il était coupable. Il parcourut brièvement ses notes avant de s'asseoir en face du garçon. Il posa sa feuille et posa l'appareil, plongeant pour la première fois son regard dans celui de l'accusé. Ce dernier soutint le regard sans la moindre gêne, plongeant Niels Flamming dans un profond trouble. Il détourna le regard et repris ses notes.
- Vous êtes bien Jude Vermeer, c'est ça ?
- Oui, comme le peintre, vous connaissez ?
- Répondez simplement à mes questions.
- Vous avez donc vingt-trois ans et vous êtes de nationalité Allemande ?
- Oui.
- Je suis ici en ce jour pour vous interroger et si possible avoir vos aveux, cela faciliterait la tache de tout le monde et plus vite on aura vos aveux et plus vite tout cela sera fini. Bien entendu vous êtes en droit d'avoir un avocat, si vous le souhaitez, nous vous en appelons un, mais autant éviter tout ces désagréments, n'est-ce pas ?
- Pour qui est-ce des désagréments ? dit le jeune homme prénommé Jude, un sourire sur les lèvres, plutôt amusé par la situation. Il savait pertinemment que l'inspecteur Flamming ne respectait pas la procédure habituelle mais cela ne lui posait pas de problèmes, il ne voulait pas d'un avocat à ses côtés pour le moment, il ne voulait pas être censuré.
- Dois je faire appeler votre avocat, commis d'office ?
- Non. Je suppose que je vais vous dire tout ce que vous voulez entendre...
- Vous faites le bon choix, voilà du papier et un crayon, vous pourrez ainsi noter vos aveux.
- Je ne sais pas vraiment écrire.
Abasourdi, Niels leva les yeux sur le jeune homme qui le fixait intensément, nullement gêné par la situation délicate. L'inspecteur ne s'était pas attendu à une telle réponse, au contraire, il était étonné, le jeune homme semblait d'une très grande intelligence ainsi qu'une excellente culture et pourtant, qu'il ne sache pas écrire était révélateur sur la vie qu'il avait mené toutes ces années. Jude sourit devant le désarroi de l'inspecteur, l'illettrisme faisait parti de sa vie, il l'acceptait, malgré ses efforts derniers pour réapprendre à lire et à écrire correctement.
- Mais vous pouvez m'enregistrer, n'est-ce pas ?
- C'est exact. Il mit l'appareil en route. Je vous écoute...
Le jeune homme se redressa sur sa chaise, prit un des crayons entre ses doigts et joua quelques peu avec, gardant le silence un instant. Il repensait à tout ce qui s'était passé cette dernière année, il savait que l'inspecteur attendait de lui qu'il avoue sa participation dans l'attentat, qu'il avoue sa préméditation, qu'il dénonce les membres de son groupe anarchiste, qu'il avoue ses fautes, ses choix, ses erreurs...Niels Flamming allait entendre l'histoire la plus incroyable de sa miteuse carrière d'inspecteur des bas quartiers de Berlin. Jude releva alors les yeux sur l'inspecteur et ouvrit la bouche, mais n'émit aucun son. Il laissa passer quelques secondes de silence puis, il prononça les premières paroles, les premiers aveux...
- Elle s'appelait Andrea...